Page créée le 21 octobre 2019


Fabriquer des enfants sans père

L’assemblée nationale a adopté en première lecture le 27 septembre 2019 l’article 1er du projet de loi relatif à la bioéthique, ouvrant la voie à la PMA sans père.

Beaucoup a été dit et écrit à ce sujet. Nous ne reviendrons pas ici sur l’ensemble des raisons pour lesquelles cette évolution du droit n’est sûrement pas un progrès, mais bien une régression de notre humanité et de notre dignité. Nous nous focaliserons sur ce qui relève directement des thématiques de masculinités.fr.

Dans une société où l’égalité et la non discrimination sont constamment brandies, notre gouvernement et nos députés ajoutent à notre dispositif législatif de nouvelles inégalités et discriminations au détriment des hommes, et aggravent celles déjà existantes.


De nouvelles inégalités et discriminations au détriment des hommes

Une femme seule ou un couple de femmes pourront donc concevoir un projet parental abstrait, puis demander à la société de le concrétiser en fabriquant – aux frais de la sécurité sociale – un bébé à partir des gamètes d’un inconnu ; s’appropriant au passage ce que tout humain a de plus intime, de plus essentiel et qui devrait être le plus inviolable : son patrimoine génétique.

Dans le même temps, un homme seul ou un couple d’hommes sera sommé d’enterrer son projet parental si un tel désir lui venait.

Terrible inégalité ! (qui bien vite sera insupportable à notre société tellement sensible à ces questions.)

Et terrible discrimination !

Car quelles significations porte le vote de nos députés ?
1. Le fait qu’une femme seule ou bien deux femmes en couple soient infertiles (ça alors ?!) alors qu’une femme en couple avec un homme, elle, normalement est fertile, constitue une inégalité à laquelle la technique doit remédier.
2. Le fait que jusqu’à présent la loi restreigne aux couples homme-femme diagnostiqués infertiles l’accès aux techniques permettant de concrétiser un projet parental constitue une discrimination envers les femmes seules et les couples de femmes.

Une fois ces inepties validées, quels sont leurs corollaires ?
1bis. le fait qu’un homme seul ou bien deux hommes en couple soient infertiles alors qu’une femme seule ou deux femmes en couple aient été techniquement rendues fertiles constitue une inégalité insupportable.
2bis. le fait que la loi donne aux femmes seules et aux femmes en couple accès à la réalisation par fabrication technique de leurs désirs de parentalité constitue une discrimination insupportable envers les hommes seuls et les hommes en couple.

Sauf à s’assumer ouvertement et profondément misandre, il est impossible de valider les assertions 1 et 2 tout en réfutant leurs dérivées 1bis et 2bis.

La PMA sans père institue donc de nouvelles inégalités et des discriminations fondées sur le sexe, accentuant au passage la misandrie ambiante.

Ajoutons que, ces contradictions et cette situation n’étant pas tenables, la PMA sans père débouchera inévitablement sur la GPA sans mère, et plus généralement sur la GPA pour tous et pour toutes. 1 2


Aggravation des inégalités et discriminations au détriment des hommes

La mère est solide dans sa maternité.
Comme le rappelle l’ancien adage, la mère est toujours certaine – même si la GPA viendra bientôt bousculer quelque peu, mais à la marge, cette antique évidence.
Surtout, sa relation maternelle à son enfant est peu susceptible d’être sérieusement menacée par les épreuves de la vie.
Mère de son enfant elle est, mère de son enfant elle a toutes les chances de rester. 3
La mère vit une sorte de sécurité tranquille dans l’essentialité de sa maternité. 4

Le père est fragile dans sa paternité.
Comme de même le rappelle l’ancien adage, le père est incertain (voir à ce sujet notre page consacrée à la recherche en paternité).
Mais surtout, sa relation paternelle avec son enfant trop souvent ne tient qu’à un fil. Que le vent de la séparation et de la discorde souffle sur le couple parental, voici le père ballotté, malmené. Si la tempête fait rage, quelle que soit la solidité des liens, quelle que soit la lutte désespérée par laquelle il tentera de résister, c’est lui qui sera balayé loin de son enfant
Le père vit dans l’insécurité de sa paternité.

Plus généralement, les hommes vivent dans l’insécurité de leur descendance.

Pourtant, au cœur du vivant, la reproduction est une fonction universelle, et un besoin universel.
Et, dans le règne animal aussi bien que chez nous les humains, la reproduction fonde la différence des sexes, et engage également les deux sexes dans un besoin de continuité.

Notre époque se comporte comme si les femmes étaient naturellement dotées d’une sorte d’instinct ou de sentiment maternel, qui d’une part rendrait leur désir d’enfant légitime par essence, bon par essence, et d’autre part rendrait leur place auprès de l’enfant primordiale, et prééminente sur celle de l’homme.

Dans le même temps, plane l’idée, rarement explicitée mais toujours confusément prégnante, que les hommes seraient plus ou moins dépourvus d’instinct ou de sentiment – que l’on n’ose qualifier de paternel – envers leur descendance. Ce qui rendrait leur désir d’enfant un peu contingent, voire suspect. Ce qui rendrait leur place auprès de l’enfant secondaire, accessoire même, facultative.

Notre époque est imprégnée de misandrie 5.
Que ces représentations sous-jacentes dans lesquelles nous baignons ne reposent sur rien excepté des fantasmes ne les rend pas moins opérantes.

La PMA sans père est une fissure de plus, et non des moindres, qui aggrave la fragilité de la paternité.

Car c’est alors la loi même, ce socle commun du vivre ensemble, qui consacre le caractère contingent, accessoire, du père.
Qu’il existe dans la pratique des femmes qui privent sciemment leur enfant de père est une chose.
Que l’autorité publique ordonne à la médecine de fabriquer sur commande des enfants privés de père en est une autre.

Les implications anthropologiques en seront lourdes de dégradations vers encore plus d’insécurité dans la reconnaissance et dans le vécu de la paternité.

Dans le prolongement de cette « rupture anthropologique majeure » 6, les inégalités et discriminations que nous dénonçons sur masculinités.fr ne peuvent que se creuser plus encore.


Vers quelle dystopie ?

Il est étonnant de constater à quel point la fiction peut parfois entrer en résonance avec la réalité.

La Servante écarlate décrit un monde dans lequel la fertilité féminine s’étant effondrée, des femmes encore fertiles (les Servantes, habillées de robes écarlates) sont réduites à l’état d’esclaves reproductrices. Elles doivent se soumettre à des viols ritualisés puis donner l’enfant après la naissance, cela bien sûr au service d’hommes et dans une dictature dirigée par des hommes. Cette dystopie connaît un énorme succès et est considérée par certains mouvements ultra-féministes comme un avertissement de ce vers quoi nous pourrions réellement nous diriger.  7

Pourtant, quelle est la réalité, et vers quoi pourrions-nous nous diriger vraiment ?

S’il existe bien des indices d’une crise de la fertilité, elle concerne les hommes. En effet, depuis quelques années des études observent une importante baisse de la qualité du sperme dans les pays occidentaux.
Si le corps – prétendu inviolable par nos textes fondamentaux – de certains individus risque réellement d’être mis au service de la réalisation des désirs d’enfant d’autres individus, ce sont des corps d’hommes que la PMA sans père met au service de femmes par exploitation de leurs gamètes et de leur patrimoine génétique.
Et tout cela se passe dans notre société actuelle qui n’est pas une dictature, et, de manière intéressante, n’entre pas sur ce point en résonance dystopique avec la fiction : notre société n’est pas dirigée par des femmes, et les lois y sont votées par des hommes au moins autant que par des femmes.

Un peu d’humour ne faisant parfois pas de mal, essayons-nous à une réécriture parodique du pitch de La Servante écarlate :

« Le Servant écarlate décrit un monde dans lequel la fertilité masculine s’est effondrée. Après des années de victimisation des femmes et culpabilisation des hommes, les relations entre les hommes et les femmes se sont dégradées au point de voir de nombreux couples se disloquer. En 2020, le parlement, lequel pourtant à l’époque était composé d’un nombre encore important d’hommes, avait décidé que les femmes pourraient s’approprier de la semence d’homme pour concevoir leurs enfants seules ou en couples de femmes. Depuis, les femmes ont été de plus en plus nombreuses à choisir de ne pas s’encombrer d’un homme pour mener à bien leurs projets de maternité. Aujourd’hui, toutes ont intégré depuis longtemps que seule la maternité libérée de toute gêne masculine est bonne pour l’enfant : l’homme qui s’attacherait à son enfant nuirait à son éducation et constituerait une entrave pour la mère. Les hommes encore fertiles et sélectionnés pour la qualité de leur patrimoine génétique sont contraints de donner leur sperme ; mais jamais ils ne tiendront la main d’un de ces enfants qu’ils auront ainsi conçu par insémination de mères inconnues. Lors de la masturbation rituelle, la semence est recueillie dans une fiole transparente tandis que l’homme étalon s’empourpre dans son effort : le servant écarlate ! »

Si La Servante écarlate, et Le Servant écarlate que nous venons d’inventer, sont deux dystopies, laquelle pourrait paraître la moins dystopique au regard de notre contemporanéité ?

Bien sûr, ni l’une ni l’autre n’adviendront, ne serait-ce que parce que la technologie rendra bientôt possible la fabrication de gamètes à partir de cellules souches, ouvrant la voie à d’autres dystopies bien plus crédibles et guère moins inquiétantes.

Pour autant, Le Servant écarlate nous dit quelque chose des représentations qui baignent notre société alors que le parlement vote la PMA sans père : la masculinité est une gêne pour certaines (fort heureusement pas pour toutes), les gènes masculins ne sont que matériel biologique interchangeable, et la paternité n’est qu’un accessoire que certains rêvent plus ou moins d’éradiquer.

Tandis que l’éthique de notre époque brandit la dignité inaliénable de l’humain et l’inviolabilité du corps, la PMA pour toutes frappe les hommes, tous les hommes, d’indignité parentale et viole 8 ce que tout humain a de plus intime : son patrimoine génétique.


Inégalités et discriminations au détriment des enfants

Cette page étant consacrée aux inégalités et discriminations au détriment des hommes, nous nous contenterons ici de faire remarquer que, paradoxalement, les enfants sont les grands absents de l’article 1 du projet de loi relatif à la bioéthique, même si incidemment le texte mentionne çà ou là « l’intérêt de l’enfant à naître ». La phrase que Martine Ségalen a écrite à propos de la GPA : « Ce ne sont plus des enfants qui sont fabriqués, mais des parents. » 9 s’applique selon nous tout autant à la PMA.

Des inégalités nouvelles seront créées de toute pièce entre enfants bénéficiant de leur père et de leur mère, et futurs enfants hors sol à qui on aura sciemment négligé de fabriquer un père. Ces inégalités, qui valent discrimination puisque inscrites dans la loi, révoltent-elles nos gouvernants et députés tant attachés à l’égalitarisme ? Que nenni ! Les zélateurs de la PMA sans père réfutent en bloc par dénégation condescendante. Il est à ce sujet symptomatique de voir avec quel dédain Agnès Buzyn balaye d’un revers de la main les réserves émises par l’académie de médecine.

Dans vingt ans, les dénis de réalité d’aujourd’hui n’aideront en rien les enfants généalogiquement modifiés qui crieront leur souffrance et demanderont des comptes.


Vers quel projet de société ?

Un enjeu crucial qui sous-tend la PMA sans père et la dénégation de la paternité qu’elle porte en elle est l’aggravation de la misandrie ambiante, et la dégradation des relations hommes/femmes.

Car la véritable question est au final : quelle place souhaitons-nous donner respectivement aux hommes et aux femmes dans l’engendrement et la descendance ?

La complémentarité des sexes étant battue en brèche dans sa composante physiologique par la technoscience, vers quelle société voulons-nous nous diriger ?

Nous, humains, hommes et femmes, ne serons sûrement pas plus heureux dans une société ouvertement misandre qui considère que l’engendrement, la descendance et la parentalité sont avant tout affaires de femmes, et dénie aux hommes le droit d’être partie prenante à égalité avec les femmes dans ce qui constitue la fonction la plus essentielle du vivant.


Notes :

1  Agnès Buzyn a beau jurer ses grands dieux qu’une telle escalade est impossible (voir par exemple cette interview), le principe de réalité la rattrapera bien vite, et nous tous avec.

2  Nous sommes pour ce qui nous concerne tout autant opposés à la GPA sans mère qu’à la PMA sans père. Nous pensons cependant que si l’une est votée, elle doit par cohérence entraîner l’autre.

3  Nous n’oublions pas en écrivant cela que des mères aussi peuvent être malmenées dans leurs liens à leurs enfants. En particulier, des mères sont victimes d’aliénation parentale. L’ampleur est cependant sans commune mesure, ce sont très majoritairement des pères qui se retrouvent éloignés de leurs enfants, et l’incidence en est énorme : « Près d’un enfant de parents séparés sur cinq ne voit jamais son père » selon l’INED.

4 Ce qui ne signifie pas que les femmes vivraient une sécurité tranquille en tout et en toutes choses – les hommes non plus d’ailleurs. Cet article intitulé « La peur de l’abandon, le mal du siècle » qui se trouve être mis à jour alors que nous écrivons ces lignes en est une illustration.

5  Voir à ce sujet l’excellent ouvrage de Patrick Guillot : « Misogynie, misandrie, il y a deux sexisme », Éditions de Varly, 2018.

6 C’est l’expression utilisée par l’Académie de médecine dans son rapport sur le projet de loi relatif à la bioéthique.

7  Par exemple cet article sur rtl.fr qui n’hésite pas à commencer par « Les femmes doivent rester vigilantes ».

8  Le fait que cette violation soit consentante et soit habillée du beau vocable de don n’y change rien.

9  Martine Ségalen, « À qui appartiennent les enfants ? », Éditions Tallandier, 2010, p. 109.

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