Page créée le 20 mars 2019


Le devenir de l’enfant dans la séparation parentale

Après une séparation parentale, l’institution judiciaire confie très majoritairement (71%) les enfants uniquement à la mère1. Ainsi dans de très nombreux cas, quels qu’en soient les motifs, le père est réduit à n’exercer qu’un droit de visite et d’hébergement. Il est déchu de sa pleine légitimité de parent. Ses enfants ne résideront plus chez lui. Ils ne vivront plus avec lui. Ils ne viendront le voir, au mieux, qu’en simple visite. Rarement. Trop rarement pour que le lien d’attachement ne s’effiloche, quelle que soit la force du lien initial, au fil des mois puis des années de non vie partagée. Trop rarement pour que les enfants se construisent harmonieusement dans leur besoin d’attachement et de cadre de référence paternels.

En 2011, 3,4 millions d’enfants mineurs vivaient principalement avec un seul de leur parents, et parmi eux 65% – soit 2,2 millions d’enfants – vivaient chez leur mère sans résider régulièrement chez leur père (et 8% chez leur père sans résider régulièrement chez leur mère)2. Il s’agit donc d’un phénomène de société d’ampleur massive. 2,2 millions d’enfants sont privés de liens et repères paternels suffisants, dans l’indifférence générale. (Et ces chiffres datent de 2011, on peut hélas penser que leur nombre a encore augmenté depuis.)

Ces très nombreux enfants et leurs pères entretiennent les relations qu’ils peuvent, comme ils le peuvent, dans des conditions souvent difficiles. Ils ne forment plus famille, et avec le temps les liens se dénouent.
Ainsi l’étude de l’INED sur la rupture de lien père-enfant titre : « Près d’un enfant de parents séparés sur cinq ne voit jamais son père »3. Cette même étude montre qu’au contraire peu d’enfants perdent le contact avec leur mère.

Ce niveau d’inégalité hommes-femmes est tel, ses conséquences sur nos enfants et leur devenir sont telles (et ses conséquences sur le devenir de notre société toute entière !) que l’action en vue de sa résorption devrait être déclarée grande cause nationale. La ministre en charge de l’égalité entre les hommes et les femmes devrait s’en saisir et l’inscrire parmi les plus hautes priorités de son ministère.

Est-il nécessaire d’écrire ici que ce n’est pas le cas ?

Toute inégalité n’est certes pas illégitime. Des inégalités fondées sur des différences peuvent être socialement considérées comme acceptables. Par exemple, dans nos sociétés il peut être considéré acceptable que le métier d’éboueur soit moins bien rémunéré que celui de médecin (bien que l’utilité des éboueurs pour la collectivité soit incontestable). Peut-on pour autant considérer l’éloignement des enfants de leur père et les ruptures père-enfant comme constituant une inégalité socialement légitime car relevant avant tout d’une différence des sexes ? Un tel parti pris serait résolument misandre. Cela relèverait d’un mépris grossier jeté à la face des pères et de tous les hommes.

Notes :

Le rapport du Ministère de la Justice publié en novembre 2013 et intitulé La résidence des enfants de parents séparés, de la demande des parents à la décision du juge indique sur la base de données recueillies du 4 juin au 15 juin 2012 : « Toutes situations confondues, la résidence chez la mère est prononcée dans 71% des situations, la résidence en alternance dans 17% des situations, la résidence chez le père dans 12% des situations et la résidence chez un tiers dans des cas très marginaux (0,1%). »

INSEE Première n°1647, Vivre dans plusieurs configurations familiales, mai 2017.

Voire le n°500 de la revue de l’INED « Populations et Société » publiée en mai 2013 : Quand la séparation des parents s’accompagne d’une rupture du lien entre le père et l’enfant.

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